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Axe 1 : Gestion des mobilités: enjeux de sécurité et d’insécurité

Axe 1 : Gestion des mobilités: enjeux de sécurité et d’insécurité

Cet axe opérationnalise la question de la mobilité et de la sécurité des populations migrantes, en focalisant sur la gestion et l’interrelation des diverses mobilités (personnes, données, objets) contemporaines. Il se fonde sur la prémisse que l’intelligibilité et l’appréhension des corps et des relations reposent sur une lecture des différentes configurations existant entre des corps genrés et racisés, des données, des objets, des concepts, voire des modes de vie ou de transport. Cet axe s’intéressera notamment à ces configurations en ce qui a trait aux couples impliqués dans des processus de réunification familiale, mais aussi aux demandeurs d’asile et aux réfugiés.

La sécurité ne se décline plus comme un état d’être relevant strictement du domaine militaire. Elle est plutôt ici appréhendée comme un objectif politico-économique s’appuyant sur la mise en place d’un assemblage de surveillance des personnes en mouvement, des données et des réseaux permettant l’établissement d’une circulation organisée et contrôlée des personnes et des biens. La « gestion des mobilités » des migrants est de plus en plus invoquée au nom de la sécurité. Elle repose désormais autant sur un contrôle des corps que sur un contrôle des données qui y sont associées (émissions de passeports et de visas à distance, entrevues, données biométriques, etc.), créant ainsi une véritable économie du soupçon.

Celle-ci ne se limite pas aux risques entourant des menaces militaires traditionnelles (par exemple, crainte de terrorisme): elle est étroitement reliée aux projections genrées et racisées qui font en sorte que certains corps sont perçus comme étant menaçants ou « à risque ». En témoignent, par exemple, les contrôles accrus, voire parfois l’exclusion formelle des demandes d’asile provenant d’hommes célibataires provenant de certaines régions du monde. Pareillement, le fait que certains couples entamant une demande de processus de réunification familiale impliquent une personne migrante provenant d’un milieu culturel différent de celui du conjoint/de la conjointe donne lieu à des soupçons de tentatives de fraude du système d’immigration. Ceux-ci justifient en retour des pratiques de contrôles accrus qui non seulement découragent ou cherchent à endiguer certains flux migratoires, mais impactent profondément la vie quotidienne des individus, des couples et des familles. Cette insécurité individuelle s’étend ainsi bien au-delà du simple contrôle frontalier.

En ce sens, comprendre la gestion sécuritaire des mobilités nécessite de rendre compte de la transversalité des flux, des pratiques de gouvernance, des interactions des agents et de la gestion des infrastructures. En misant sur la gouvernance (bio)politique et la sécurité des mouvements et des espaces, cet axe entreprend d’examiner la configuration ou la mise en place de politiques ou de processus sociaux qui rendent possible ou entravent ce que nous entendons par « mobilité ». Seront notamment étudiés leurs impacts sur différentes populations migrantes, tout comme les configurations matérielles et politiques qui rendent ces contrôles possibles: mise en place de contrôles frontaliers à distance, analyse des traces transactions financières, etc. Les membres de cet axe entreprennent ainsi d’étudier les modalités de gouvernance des mobilités et de faire l’économie de la mobilité en recensant les pratiques, les agents, les institutions, les réseaux et les infrastructures qui la constituent.